Sa désolation...

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Sa désolation...

Message  Crue Elle le 02.09.14 20:06

Elle était là devant ce grand vide au fond d'elle même, retirant ses vêtements. Ces derniers aggravant les plaies et la douleur. Imagine la encore comme chaque soir, luttant seule. Toujours. Recroquevillé dans l'angle de sa chambre, griffant ce qu'il reste de sa peau, et sa tête suivant le rythme d'une mélodie inexistante. Tu la revois encore, n'est-ce pas ? Cheveux bruns, lisses, mal coupés, luisants et sales, mélange de poussière et de glaire, tranchant avec son visage, ce qu'il en reste. Et ses yeux que tu n'a plus jamais revu, perdu à l'intérieur d'un gouffre invisible, propre à elle seule. Quelque chose d'unique, enfin.
Sa désolation.

Appuyé contre le mur fissuré, brulant un peu plus son dos meurtris à chaque soubresaut, elle survit, cette petite chose. Battements existant pour un cœur mort. Mais elle survit. Vaut-il vraiment la peine ? Oui.

Elle repense encore à ce jour particulier, un soir précisément, où la volonté de faire mal surpassait celle de ressentir. De nouveau la sensation de ce vent s'engouffrant dans la pièce, plaquant les rideaux contre les parois, et son buste déséquilibré par cette bourrasque. Mais le regard déjà vide à cette instant. Avant même d'en être là, perché du haut de cette fenêtre. Aucunes larmes, puisqu'elles s'étiraient trop vite pour demeurer. Juste l'horizon devant soi, fermé, et les dernières pensées sur le soleil qui viendrait à se lever. Sur cette Lettre entre ces mains. Sur ce visage surpris, blessé, agonisant surement, l'expression de ses traits intactes encore et encore puis se perdant dans des fantasmes morbides.

Tu sais la sensation d’apaisement quand tout les muscles de ton corps se détendent et ton esprit vide de pensées, s'étire allègrement. Ravi de ne plus rien ressentir. Tu sais la sensation d'épuisement quand tout ton corps se relève, encore, épris d'une volonté folle de survie. Alors tu t'appuie sur les mur pour ne pas retomber dans cette mare de sang. T'appuie sur les meubles pour parvenir au salon. T'appuie sur la fenêtre graisseuse en regardant la rue. L'envie d'enrouler tes doigts autour de la poignée te prend et l'image de ton être fuyant, tombant, mourant s’immisce aussitôt. Le battant s'ouvre et le vent s'engouffre dans tes cheveux, brûlant les entailles fraîches de ton visage. Le soleil joue avec tes nerfs et tu plonge dans le vide, suspendu un court instant par ton regard posé sur la rue approchante, puis plus rien. Le vide absolu.
Le vide.

Tu le sais même mieux que quiconque.

Elle avait foi en toi, en la force que tu pensais avoir. Mais le seule courage réside désormais en son âme, de vivre malgré les efforts, de respirer malgré les cicatrices soulevées, de se relever malgré le sang collant à ses cuisses, de tout cela sans toi, de tout cela malgré ton absence. Je suis un être malade. Tu es un être malade. Nous sommes un être malade. Et il en sera toujours ainsi à ses yeux. Rapidement, elle se remet debout fragilisant ses appuis, sa main contre le mur, puis crachant des caillots de sang, certains glissant sur ses cheveux avant de tomber lourdement. En regardant le plancher, tu remarqueras les différentes couleurs de ces différentes taches. La plus foncé pour la plus anciennes. Vite recouvertes par les nouvelles. Cette pièce est devenu recueil de ses peines et chaque meuble en porte la traces. Ce n'est plus un simple lit, mais un draps de larmes, de sangs et d'urines. Ce n'est plus un simple miroir mais un reflet de zébrures, d'infections et de fissures.

Ce n'est plus l'être que tu pensais aimé, mais l'épave de ton unique abandon.

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Je me revois face au grand miroir de ma chambre, contemplant, impassible, le résultat d'un mois de deuil. De deuil. Je me souviens encore de la sensation des vêtements tombant le long de mon corps, arrachant les restes de ma peau, des lambeaux de ma souffrance. Ce sentiment de renaissance physique comme si le mal précédant les plaies n'existait pas. Insensible. Autant que les mots de réconforts. Autant que le silence de mort. Rien ne me touche plus. Simplement le souvenir de tes doigts entre les miens. De tes yeux dans les miens, de ton corps frêle et de tes cheveux...
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Crue Elle

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Re: Sa désolation...

Message  Yoendel le 03.09.14 11:22

Joli, encore une fois...
Ce texte est prenant, diantrement prenant. Very Happy
Bravo...

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"On ne voit bien qu'avec le cœur: l'essentiel est invisible pour les yeux." le renard, A de St Exupéry.
"Qu'est-ce que signifie «apprivoiser»? dit le Petit prince.
-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie «créer des liens...»"
http://www3.sympatico.ca/gaston.ringuelet/lepetitprince/chapitre21.html
"eux veulent me forcer à parler pour ne rien dire, alors je ne dis rien pour parler."
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"et si notre monde avait 3 coordonnées temporelles pour une spatiale ?"
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