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Message  Bacrima le 30.01.14 7:32

Deux


Chapitre 1
Je me réveille difficilement. J'ai mal à la tête et j'aimerais rester couché mais la lumière est trop forte. Aveuglante même.
Je suis allongé sur le sol d'une salle blanche matelassée.
J'ignore où je suis. Qu'est-ce que je fait là ?
Je me redresse et je détaille mon environnement :
Dans un coin il y a un lit, enfin, plutôt un matelas et une couverture, et dans un autre coin, des toilettes turcs. Je me lève et fais le tour de la salle, il n'y a rien de plus. La salle est plutôt grande, peut-être 5 mètres sur 5. L'unique lampe au plafond éclaire fortement d'un blanc pâle électrique. Il ne semble y avoir aucune sortie, ni porte, ni fenêtre, ni aération. Je me dis qu'il est sûrement inutile de crier, si quelqu'un s'est donné autant de mal pour construire cet endroit, il a du s'assurer que crier serait inutile. Mais si je suis là c'est qu'il y a une raison. Qu'ai-je pu faire ?
Et c'est là, en me posant cette question que je m'en rends compte.

J'ignore ce que j'ai pu faire, hier, ou un quelconque autre jour de ma vie.
J'ignore qui je suis.
« Merde alors ... »

Je me dis que j'aurais pu être plus expressif, ou plutôt que j'aurais dû l'être. Mais cette expression que je sens blasée et apathique ne quitte pas mon visage. À quoi je ressemble d'ailleurs ? Il n'y a pas de miroir ici. J'examine mon corps lentement avec étonnement :
J'ai des mains lisses et des doigts longs et agiles, je m'en amuse quelques instants. Peut-être sais-je jouer du piano ?
Mes bras ne sont pas musclé, plutôt flasques même.
Je n'ai rien pour comparer mais je pense que mes épaules sont larges.
Mes cheveux me semblent très longs, ils arrivent jusque bas dans mon dos, ils sont noirs, un noirs de jais.
Je fait un geste instinctif lorsque je me rapproche de mes yeux, comme pour relever une paire de lunettes, mais je n'en ai pas.
Je palpe mon visage, pourquoi me semble-t-il si fin ?
Je suis étonné de n'y trouver aucune pilosité. Je ne tire rien de l'exploration de mon visage par mes mains.
Je descends plus bas.
Et là, surprise !
J'ai des seins. Pas les seins d'un mec trop gros, non, des vrais seins, une poitrine de femme. Je palpe ces formes qui me semblent étrangères. Pourquoi cela m'étonne-t-il ? Je me sens pris au dépourvu, quelque chose cloche …
Mes mains continues de parcourir mon corps, je ne peut m'empêcher de sentir une certaine excitation monter en moi. Surtout lorsque mes mains découvrent mes parties intimes. Je sens l'envie de m'abandonner au plaisir, là maintenant.
Je m'allonge sur le sol matelasser et je laisse mes mains faire leur travail. Tandis que les questions qui se bousculaient dans ma tête disparaissent je caresse doucement mon corps à travers les vêtement que je porte. Je n'avais pas fais attention à ces vêtements plus tôt, on dirait un pyjama, complètement blanc.
Le plaisir monte doucement, les questions s’effacent, et alors que je suis de plus en plus excité par mon propre corps, un flash me traverse l'esprit, je vois une fille. Une fille, jeune. À peine 18 ans. Mais je la vois nue, comme si je l'avais déjà vu. Je la vois disparaître. Je m'accroche à ce souvenir mais il s'émiette et s'égare dans mon subconscient.
Qui était-elle ?


Chapitre 2
Et d'ailleurs pourquoi suis-je en train de me masturber ?
Je suis prisonnière d'une salle blanche désinfectée et je ne ne trouve rien de mieux que de me masturber ? Il y a un truc qui cloche chez moi ou quoi ? Je devient folle ? Où suis-je ? Qui suis-je ?

« Il y a quelqu'un ?! AU SECOURS !!! »

Je m'époumone ainsi de longues minutes sans réponses.
Je me sens triste apeurée, je me réfugie dans le lit et me roule dans la couverture en position fœtal.
Et là je pleure, je pleure encore et encore. Pourquoi moi ?

Pourquoi est-ce que ça m'arrive à moi ?


Chapitre 3
Pourquoi je pleure ?
Je suis con ou quoi ?
Je sais qu'il n'y a pas d'issue. Comment le sais-je ?
C'est un vrai casse-tête. Je suis intelligent pourtant ?
Tient, il y a encore quelque chose qui cloche, mais quoi ?

Je m'approche des toilettes turcs qui sont en métal et je regarde avec intérêt le reflet déformé que me renvoie celle-ci. Je semble jeune. Je suis très féminine …

« C'est vrai que je suis une femme. » Dis-je tout haut.




Le voilà le problème, je pense à moi au masculin … mais pourquoi, je suis clairement une femme.
Cela ne semblais pas me poser de problème il y a quelques instants, quand je pleurais. Pourquoi pleurais-je au fait ?
C'est embarrassant de ne pas comprendre ce qui m'arrive …
Je regarde encore mon reflet …

« Mais c'est elle ! »

Celle dont je me suis souvenue, la fille, c'est … moi !
Cela devient de plus en plus inextricable …
Est-ce moi ? Je devrais commencer par dire : mon corps, c'est mon corps, pas moi.
Comment pourrais-je avoir eu ce souvenir si j'avais été dans ce corps ?
Et si ce corps n'est pas le miens, à qui appartient-il ?
À celle qui pleurait ? Cela semble évident, je ne vois que ça comme solution.
Nous sommes deux dans ce corps.


Chapitre 4
C'est un sacré problème, et je ne vois pas comment m'en sortir …
Comment est-ce possible déjà ? Après tout, ce qui fais notre identité, notre être, c'est notre cerveau, son agglomérat gigantesque de neurone, unique pour chacun d'entre nous. Alors comment pouvons-nous être deux dans un corps ? Je repousse les cheveux qui me gêne de par leur longueur. Pris d'une soudaine inspiration je tâte mon crâne et je trouve ce que je cherche, plus vite que je ne l'aurais voulue.
Plusieurs longues cicatrices parcourent celui-ci, comme si l'on m'avait ouvert le crâne pour triturer mon cerveau.

Soudain des souvenirs me reviennent en pagaille, je revois ma mère, mon père, ma sœur, une jeune fille, puis des amis, la famille, mes études, mon appartement.
Je revois ma dépression, l'alcool, encore et toujours cette fille, puis notre mariage, puis de nouveau des études, neurochirurgie … puis une idée, une greffe de corps … puis l'accident … Et après … rien d'autre que cette cellule.

Et alors je comprends l'horreur qui m'arrive. Elle est morte, j'ai survécu, mais elle est morte …
Comment ? Pourquoi ?

Je pleure.


Chapitre 5
Je finis par regarder la caméra caché dans la lampe et je prononce le mot de passe. Un pan de mur entier coulisse alors dévoilant une baie en plexiglas. Derrière j'y retrouve de nombreux collègues.

« Bonjour messieurs »

La plupart sont ravis et n'arrivent pas à le cacher. Ils me présentent leurs condoléances mais le sourire de voir l'expérience sur la-quelle nous avons tous travailler si dur réussir ne s’efface pas. Ils me congratulent, ils me disent que je recevrais un prix Nobel. Ils sont fières, heureux et désolés.
Je connais la procédure, il me faudra au moins une semaine avant de sortir de ma cage, et plusieurs entretiens avec des psychologues pour sortir de l'hôpital dans lequel je suis désormais interné.

Me remettrais-je jamais de la mort de celle que j'aimais alors que je la verrais tout les jours dans le miroir ? Comment recevoir les condoléances de mes proches dans ce corps ?

Quelle torture est-ce là ? Qu'ai-je fait ? Je vis dans le corps d'un mort. Cette idée n’obséderait-elle pas quiconque subirait ce genre d'opération ? Cette idée ne pourrait-elle pas me mener à me prendre pour elle ?



Cette idée ne t'obséderait-elle pas toi, lecteur ?

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Re: Deux

Message  Klev le 30.01.14 13:13

Obséder ?…

Non, je ne crois pas…

Joli jet. (Quoique un peu malsain par instants.)

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Re: Deux

Message  Bacrima le 30.01.14 13:33

Mes textes sont malsains en général.
Cette histoire aurait dû l'être encore plus, mais j'ai été pris par l'écriture ... et l'histoire est devenu quelque chose de complètement différent de ce qu'elle aurait du être.

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Re: Deux

Message  Yoendel le 30.01.14 13:40

*hausse les épaules* je vis dans le corps de milliards de morts. J'ai détruits certaines de mes propres cellules pour survivre.

En revanche, si la mort était délibérée, j'aurais quelques soucis psychiques.
Pas l'idée de me prendre pour "Elle", car je ne serai jamais cette "Elle", que je me comporte comme "elle" ou non.
Des soucis... d'estime personnelle.
Je crois que je ne saurais plus me regarder en face. (ou regarder SON corps en face)
Je crois que j'estimerais que je n'ai pas le droit de vivre à sa place.

Si elle avait OFFERT son corps pour me sauver, la donne serait différente. Je souffrirais, m'en voudrais, mais accorderais une valeur importante à son sacrifice, empêchant du même coup mon suicide qui serait rendre son sacrifice vain... et lui cracher dessus, presque.
Mais si "elle" a SUBI d'une quelconque façon que ce soit, alors mon intégrité ferait de moi un monstre, une chimère, et je n'aurais pas d'autre envie que de réclamer ma mort.
Et si pour cela il fallait usurper et tromper tous les psychologues de l’hôpital, déclarant aller bien avant d'avoir la possibilité d'en finir, je le ferai.


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"Qu'est-ce que signifie «apprivoiser»? dit le Petit prince.
-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie «créer des liens...»"
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